Leçons tirées des expériences des télécentres
Les télécentres ont fait l’objet de nombreux
projets depuis deux décennies et il est intéressant d’analyser les réussites et
les échecs de ces expériences passées pour en tirer les leçons utiles au
développement des télécentres actuels.
Vouloir assurer à la fois assurer la
multiplication des points d’accès publics dans de zones non rentables et
assurer leur pérennité est un défi.
Cas des
téléboutiques (télécentres n’offrant que le service téléphonique de base)
Pour les centres privés, les problèmes viennent
de l’évolution du marché. Par exemple, certaines villes comme Dakar ont connu
un succès fulgurant des téléboutiques limitées à une seule ligne téléphonique
fixe. Des milliers d’emplois avaient été créés (jusqu’à 16 000 ou
18 000) et le chiffre d’affaires de ces téléboutiques représentaient un
pourcentage important du chiffre d’affaires de l’opérateur historique (jusqu’à
près de 30% à Djibouti dans les années 2000 à 2004). Mais depuis quelques
années, les téléphones mobiles se sont largement diffusés dans les couches
défavorisées de la population qui représentaient l’essentiel de la clientèle de
ces téléboutiques et beaucoup de téléboutiques ont du fermer. La concurrence
des téléphones mobiles entraîne une disparition progressive des téléboutiques utilisant
une ligne fixe. L’essor des « call-box » ou une personne offre la
vente de communications à partir d’un téléphone mobile est une forme de
commerce informel (une dame assise derrière une caisse où repose le mobile et
abritée par un simple parasol) qui a eu un énorme succès dans certains pays.
Mais la diffusion progressive des prépayés même dans les ménages à faible
revenus réduit le marché des « call-box ».
Les reproches faits aux téléboutiques fixes concernent
les points suivants :
Les téléboutiques fixes spécialisées, c’est-à-dire
une boutique n’offrant aucun autre service que la téléphonie fixe, n’ont guère
d’avenir en raison de la concurrence croissante des mobiles prépayés. Elles avaient
eu du succès quand un grand nombre de téléboutiques pouvaient être rentables dans
les zones urbaines, ce qui permettait d’avoir une téléboutique à proximité
immédiate en tout point de la zone urbaine. Avec la réduction du nombre de
clients potentiels, la rentabilité de chaque téléboutique baisse fortement et
beaucoup d’entre elles doivent fermer. Il n’est plus possible d’avoir une téléboutique
à proximité en cas de besoin et l’utilisation des téléboutiques se réduit
encore davantage s’il faut parcourir une plus grande distance pour téléphoner.
Cas des
télécentres communautaires
Les télécentres communautaires qui avaient
servi de vitrine aux institutions internationales il y a une dizaine d’années ont
souvent connu de graves difficultés et ont parfois même disparu. Ils avaient
pourtant reçu des subventions très importantes, mais cela ne suffit pas pour
assurer le succès d’un télécentre.
Lorsqu’un télécentre est trop ouvertement le
faire valoir d’une institution internationale ou d’une ONG, cela peut générer
une implication insuffisante des autorités locales et une passivité des
gestionnaires du télécentre. La dépendance vis-à-vis du bailleur de fonds est
permanente ou même croissante avec l’augmentation des activités. Les
difficultés augmentent quand le bailleur de fonds réduit ses subventions pour
se consacrer à d’autres projets. Le télécentre est alors incapable de maintenir
ses activités. Les animateurs qui avaient assuré le succès du télécentre dans
une phase initiale peuvent partir sans être remplacés par des personnes aussi
motivées. Les équipements donnés à la création peuvent poser des problèmes de
maintenance et de remplacement au bout de quelques années. La répartition des avantages
apportés par le télécentre dans la zone desservie peut entraîner des frustrations
par rapport aux attentes. Des conflits peuvent survenir si certaines catégories
de la population ressentent un sentiment d’injustice par rapport aux conditions
d’accès aux services ou dans l’attribution des emplois créés. Des vols ou des
actes de vandalisme surviennent si la sécurité n’est assurée suffisamment par
les autorités locales. Par exemple, le fameux télécentre de Nakaséké
qui avait servi de vitrine à l’UIT et à l’UNESCO a été détruit par un incendie
suite à un conflit local.
L’inconvénient de certains centres qui avaient
servi de centre pilote dans des petites agglomérations est qu’ils n’apportaient
pas suffisamment de services appropriés aux besoins de la population locale et
qu’ils étaient trop conçus en fonction des besoins des grands centres urbains.
La création de contenus et d’applications
adaptés à la population locale doit être un préalable à la généralisation des
télécentres communautaires.
D’autre part, une combinaison des fonctions de
service public et d’activités commerciales lucratives est indispensable pour
assurer la viabilité durable des télécentres communautaires. Les ressources des
pays en développement ne permettent pas de subventionner le fonctionnement de
télécentres communautaires fonctionnant sur le modèle proposé par les
institutions internationales. Seule une subvention minime est envisageable et les
activités doivent être organisées en conséquence. Les activités doivent être
développées progressivement en fonction des ressources disponibles. Les revenus
doivent être augmentés par la vente de services demandés par les petits commerces
locaux et par les particuliers pour leurs loisirs ou pour leurs relations avec
leurs familles résidant dans les grandes villes ou à l’étranger. Une aide de la
diaspora est une opportunité fréquente qui permet de compléter les ressources
pour atteindre l’équilibre financier et assurer la viabilité durable.
Des activités orientées sur les services
audiovisuels sont utiles pour maintenir des relations entre les membres
éloignés d’une famille ou d’une communauté. L’utilisation des réseaux sociaux est
une opportunité intéressante à condition d’avoir une assistance locale pour les
personnes non familiarisées avec les TIC.
Les télécentres au
cœur de politique de l’accès universel
Les télécentres constituent un élément de la politique
sectorielle sur le service et l’accès universel. Cet élément n’apportera les
résultats attendus que lorsque d’autres éléments de la politique sectorielle
seront mis en place. En particulier :
Conclusion
Il est nécessaire de remettre en cause les
modèles économiques utilisés précédemment pour les accès publics aux services
des TIC, en tenant compte la convergence des services téléphoniques, Internet
et multimédias et audiovisuels. Une gamme complète de différents types d’accès
publics doit être organisée pour satisfaire le mieux possible toutes les
différentes catégories d’utilisateurs dans les différentes zones du pays.
Un business plan spécifique pour chaque
télécentre doit établi sur mesure en tenant compte du potentiel de clients pour
les différentes catégories de services offertsn, des
opportunités locales (aide de a diaspora, compétences des volontaires locaux, activités
économiques, répartition des ménages par tranche de revenu, …).
Débat
sur le statut public, associatif ou privé des télécentres